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Salon de famille
 

Le charme du musée Magnin tient d'abord à son cadre. Si Jeanne et Maurice Magnin vécurent à Paris où ils constituèrent leur collection, c'est dans leur maison natale, l'hôtel Lantin, qu'ils décidèrent de l'installer lorsqu'ils voulurent en faire un musée. Mobilier, objets d'art décoratifs, pendules, tentures devaient contribuer à la délectation de la visite et préserver ainsi une intimité familiale qu'ils souhaitaient transmettre.

 


Jean Gabriel Goulinat
Portrait de Maurice Magnin (détail)
 

Dotés d'une fortune honnête mais sans revenus excessifs, les Magnin s'étaient volontairement limités dans le montant alloué à leurs achats. C'est donc dans de petites ventes parfois sans catalogue, à force d'expérience et de science, qu'ils acquirent durant cinquante ans les deux mille peintures et dessins, œuvres de premier plan pour certaines, esquisses, copies ou pochades pour d'autres, qu'ils léguèrent à l'Etat en 1937.


Jean-Baptiste Mauzaisse
Portrait de Jeanne Magnin (détail)
 

L'enthousiasme qui anime tout collectionneur à " dénicher " parmi les anonymes un grand nom, une œuvre de qualité, explique des attributions optimistes  aujourd'hui écartées (Poussin, Watteau, Fragonard, Jordaens…). À l'inverse, la collection s'enorgueillit de la présence d'artistes moins connus mais aujourd'hui prisés tels que G.B. Crespi dit il Cerano, Dorigny, van Bijlert ou van der Helst. L'une des originalités des Magnin fut en effet d'acheter en-dehors, voire à l'encontre des modes, avec néanmoins l'ambition de constituer des ensembles qui puissent évoquer les principaux moments d'une histoire de l'art écrite sans préjugés. Rares sont ceux qui au début du XXème siècle s'intéressaient aux peintres florentins du XVIIème ou napolitains du XVIIIème siècle ; les œuvres de Boucher de Bourges sont rarissimes en-dehors de sa ville d'origine, et les noms de Le Sueur, La Hyre, Bourdon ou Vignon ne sonnaient pas avec la même familiarité qu'aujourd'hui à une époque où le XVIIème français n'était considéré qu'à travers Poussin et Le Lorrain.


Sébastien Bourdon
La Sainte Famille (détail)
 

D'une contrainte financière, les Magnin firent un défi : celui d'évoquer des temps forts de la peinture occidentale non à travers les grands noms, mais avec ceux de leur entourage. Ici, point de Titien mais deux superbes Cariani ; pas de Tintoret, mais une intense composition attribuée à Schiavone, l'Entrée du Christ à Jérusalem ; pas de Philippe de Champaigne, mais deux tableaux de son neveu Jean-Baptiste. Le visiteur est ainsi confronté à l'expérience de la découverte plutôt qu'à la reconnaissance des génies.

La collection présente une autre originalité : les chefs-d'œuvre ne sont pas nécessairement là où on les attend. Pour s'en tenir au XIXème siècle français, Antoine Gros, que l'on associe aux batailles napoléoniennes, s'illustre dans un portrait féminin, Jeune fille au collier de jais ; les paysages peints par Girodet lors de son voyage en Italie sont rarissimes ; et la vue monochrome de Venise est pour le moins inattendue de la part du peintre naturaliste Bastien-Lepage, réputé pour ses scènes rurales.

   
© Musée Magnin RMN

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