
En amateurs avertis, les Magnin acquirent plus de six cents dessins parallèlement à leurs peintures. Ils apparaissent complémentaires lorsque les artistes, et ils sont nombreux, sont représentés dans les deux domaines ; c'est le cas, entre autres, de Le Sueur, Bourdon, La Hyre, Bardin, Hoin, Lethière, Girodet, A-E Fragonard, Delaroche, H. Vernet, Couture, J-B. Isabey, Dauzats, Dagnan-Bouveret, Galland, G. de Lairesse, A. Mengs. Mais l'intérêt pour l'expression graphique comme telle n'est pas moins présente, avec la présence de nombreuses feuilles abouties, oeuvres en soi qui ne doivent rien à un projet pictural. Celles de Doyen, Vincent, Delacroix, Compte-Callix, des ellustrateurs Gavarni et Traviès de Villers manifestent une expression éminnement graphique.
Le même parti que pour les peintures domine, celui de refléter la variété des courants qui traversent l'art, du XVIème au XVIIIème pour l'Italie et l'Allemagne, du XVIIème au XIXème siècle pour la Grande-Bretagne, l'Espagne, et surtout la France, en s'attachant plus à la continuité qu'aux bouleversements. La collection fait apparaître une démarche à tendance encyclopédique, visant à constituer des ensembles, puisque les dessins étaient destinés à être exposées au même titre que peintures.
Comme souvent chez les Magnin, les plus belles feuilles portent rarement les plus grands noms : hors celle du Cavalier d'Arpin, les plus intéressantes, pour l'Italie, sont peut-être celles de Casolani, Leoni et Corenzio. Parmi les dessins anglais, se détachent les noms de Cotes et Wilkie. Chez les Flamands, une feuille remarquable est attribuée à Quellin II.
La partie française est la plus riche (voir le catalogue en ligne www.dessins-français.fr). Moins brillant qu'en peinture, le XVIIème comprend notamment des œuvres de La Fage, artiste singulier qui se consacra exclusivement aux arts graphiques. À l'inverse, le XVIIIème siècle est mieux représenté qu'en peinture, avec deux œuvres tardives de Greuze et Boucher, de belles études de Natoire, Parrocel, Oudry, C. van Loo, Pierre, De Boissieu, ainsi que des dessins des sculpteurs Pajou et Gois,. Le néo-classicisme autour de 1800 est un point fort de la collection : l'étude de draperie de J-L. David côtoie des œuvres de Berthélémy, Lafitte, J. G. Drouais, C. Meynier, J.V. Bertin ainsi que plusieurs feuilles de l'entourage de Girodet et un important paysage allégorique autographe. Comme en peinture, le portrait est bien représenté (Hoin, Wicar, M.M. Drolling...). Le domaine du paysage l'est plus encore ; les dessins permettent de suivre l'évolution du genre depuis le paysage composé et fantasiste du XVIIIè (J.F. Blondel ou C.N. Silvestre) jusqu'à l'approche à tendance naturaliste d'E. Cicéri.