Suzanne et les vieillards
Alessandro Allori
1561
Huile sur toile
2,02 x 1,17
1938 E 332
À la Renaissance, l'histoire des martyrs ou les épisodes bibliques, comme c'est le cas ici, servaient fréquemment de prétexte aux artistes pour peindre de beaux nus. Les deux vieillards, obsédés par la beauté d'une jeune femme nommée Suzanne, décident de la surprendre pendant son bain dans son jardin, pour raconter qu'elle les a attirés, et ruiner sa réputation. Le peintre a dramatisé la scène : Suzanne est en danger de viol, comme le montrent l'expression avide des vieillards et la brutalité crue de leurs gestes. Le refus de la jeune femme se lit dans le regard effrayé, la crispation du visage et l'énergie des mains pour écarter les agresseurs.
La présence imposante du corps féminin n'est pas sans rappeler les puissantes sibylles de Michel-Ange. Allori dessine avec force les contours, dans un mouvement compliqué de torsion qui traduit la vivacité de la surprise. La vigueur des tons acides jaunes et bleus-verts hérités de son maître Bronzino, et disposées autour de ce nu aux teintes délicates manifeste une recherche décorative. La présence anecdotique du chien, la préciosité toute flamande des tissus ou de l'ornement de la chevelure nourrissent cet "art pour l 'art" ; en tout cela, Allori se rattache au courant maniériste de son temps.