Portrait de Giovan Donato Correggio en Persée
Bernardo Strozzi (1581-1644)
vers 1631
Huile sur toile
1,08 x 0,88
1938 E 487
Dans ce portrait mythologique d'un marchand vénitien anobli, la souplesse de la touche, la gestuelle large, la luminosité de l'incarnat, la densité de la matière sont typiques des premières années de l'artiste à Venise. La liberté de la composition, l'invention narrative et l'humour mêlé d'ironie ont remplacé les modèles nordiques, diffusés à Gênes par Rubens et van Dyck, mais le coloris de rouges, de blancs et de verts foncés est celui de la période génoise.
Dans la quinzaine de versions de David à la tête de Goliath ou de Judith à la tête d'Holopherne peints par Strozzi, le personnage, représenté à mi-corps et de trois-quart, tient une arme dans la main droite et la tête du vaincu dans l'autre. La source de cette composition réside dans le David que Vouet avait peint à Gênes en 1621.
Plutôt que l'image habituelle du héros tenant la tête de la Gorgone par les cheveux, celle-ci est représentée sur le bouclier. Il n'est pas surprenant que l'artiste, qui fréquentait des lettrés, ait choisi un type iconographique que l'on trouve sur des pièces de monnaie, gemmes et sculptures romaines. Dans les rites antiques d'initiation masculine, Persée jouait, aux côtés d'Apollon, un rôle important et représentait l'idéal de l'éphèbe.
Ce tableau témoigne du goût pour la mascarade et le travestissement, caractéristiques du théâtre baroque. Cette culture rend possible l'ambivalence entre la flatterie du portraituré qui se pare des atours du héros, et l'ironie du peintre qui, en scrutant la vérité de son modèle, le "déshabille" du regard.